Le chant des partisans : « voilà ce qu’il faut pour la France »

En Mai 1943, les forces de la France Libre décidaient de diffuser à partir de Londres, des messages, consignes et mots d’ordre politiques destinés à la résistance en France. Ainsi devait naître « Honneur et Patrie », émission quotidienne émise sur les ondes de la BBC dont l’indicatif musical deviendra un véritable hymne de la résistance.

André Gillois, réalisateur, scénariste et dialoguiste, a rejoint Londres en 1942 après avoir passé les deux dernières années en zone libre. Alors qu’on lui propose d’être le directeur « d’Honneur et Patrie » il rencontre avec Emmanuel d’Astier de la Vigerie, une jeune compositrice française d’origine russe, Anna Marly, afin de sélectionner parmi plusieurs de ses mélodies celle qui pourrait constituer un indicatif identifiable pour lancer l’émission.

Le 17 Mai 1943, l’air du chant des partisans est diffusé pour la première fois, et il en sera ainsi deux fois par jours jusqu’au 2 Mai 1944. L’air est sifflé pour qu’il reste perceptible à l’écoute en dépit des brouillages de l’armée allemande.

Un peuple qui n’a pas de chanson, est un peuple qui ne peut pas se battre

Joseph Kessel

C’est en 1942, en lisant dans la presse britannique le récit de la bataille de Smolensk et de la résistance héroïque des soldats russes face à la machine de guerre allemande, qu’Ana Marly a l’idée de cette mélodie, et y ajoute des paroles en Russe : c’est « La marche des partisans ». Joseph Kessel, qui travaillait avec Gillois, en entendant cette chanson s’exclamera, « voilà ce qu’il faut pour la France ! »

Le 30 Mai 1943, Joseph Kessel, Maurice Druon et Germaine Sablon, se réunirent dans un hôtel de la banlieue de Londres, où résidaient de nombreux français, pour composer les paroles de ce qui deviendra « Le chant des partisans ». Il sera enregistré le lendemain.

Ce chant, écrit le jour de la Sainte Jeanne d’Arc à l’initiative d’un français d’origine russe, Joseph Kessel, sur une mélodie composée par la fille d’un aristocrate russe exécuté en 1918 par les bolcheviks, Anna Marly1, deviendra à la libération, l’hymne des forces de la France libre.

La force, la puissance d’une chanson est quelque chose d’extraordinaire. Quand le mot est soutenu par un rythme, par une musique, par une mélodie, il a une portée extrême sur les âmes et sur les cœurs

Maurice Druon

1: Entretien avec Joseph Kessel, présenté pat Michel Droit le 19 septembre 1969.

2: Née Anna Yurievna Betulinskaya.

3: Interview radiophonique de Maurice Druon le 5 novembre 1985.