La complainte du partisan: un chant éternel

En 1943 à Londres, Emmanuel d’Astier de la Vigerie écrit sur une musique d’Ana Marly la Complainte du partisan. La chanson sera diffusée sur les ondes de la BBC pendant la guerre, mais ne sera vraiment connue des français qu’à partir des années 50. Souvent confondu avec le Chant des partisans, parfois entonné à sa suite, il est différent dans sa tonalité et le message transmis.

Le chant des partisans est un chant de guerre, un appel à combattre et à résister. La Complainte du partisan est plutôt un hommage au courage et au sacrifice. La chanson montre des résistants qui luttent pour leur idéal et leur pays par devoir, et qui ne se font pas d’illusions car ils savent qu’ils ne survivront pas.

La Complainte des partisans devient célèbre après la guerre, sans doute pour combler le besoin d’honorer ceux qui sont morts. Oubliée de nouveau, la chanson acquiert une renommée internationale en 1969, lorsqu’elle est reprise par le chanteur canadien Leonard Cohen, dans son deuxième album. L’artiste expliquera plus tard qu’il l’avait découverte adolescent en vacances d’été dans un camp de jeunesse, parmi les chants du recueil de The People’s song book, compilé par Alan Lomax.

Si la version de L. Cohen est fidèle à l’original, la dernière strophe est plus optimiste.


Version originale
Le vent souffle sur les tombes
La liberté reviendra
On nous oubliera
Nous rentrerons dans l’ombre

Version chantée par L. Cohen
Oh, the wind is blowing
Through the graves the wind is blowing
Freedom soon will come
Then we’ll come from the shadows

Les résistants de L. Cohen sortent de l’ombre, la liberté est revenue, alors que ceux de d’Astier meurent au combat oubliés de tous. En 43 d’Astier mesurait très certainement tous les sacrifices qui seraient nécessaires pour se défaire du joug ennemi.


Plus tard au milieu des années 80, comme si l’Histoire se vengeait de ceux qui avaient décrété agir en son nom, la Complainte du partisan interprétée par Leonard Cohen devint l’hymne des membres de Solidarnosc après son interdiction par les autorités communistes polonaises.

Credit photo: Jerzy Tomaszewski, jeunes résistants polonais le matin du 2 sept 1944, lors du soulèvement de Varsovie.